Guilhaume Fons, 37 ans, préparateur physique et naturopathe, a attrapé la Covid en avril 2020. Puis une deuxième fois en janvier 2021 et une troisième fois en avril 2022. Une galère qui l’a conduit à réfléchir sur l’infection au SARS-CoV-2. Entretien.

-Quand et comment avez-vous attrapé la Covid ?
J’ai attrapé la Covid lors de la première vague, en avril 2020. J’étais alors à Bruxelles. J’éprouvais de grosses difficultés respiratoires. Je n’ai pas vraiment été hospitalisé, mais plutôt déplacé, de tente en tente qui étaient posées devant les hôpitaux. À cette époque, je travaillais dans les salles de sport comme préparateur physique. De nombreux élèves que je coachais ont attrapé la Covid, moi aussi. Durant quatre mois, j’ai éprouvé des difficultés pour effectuer les gestes simples de la vie, cela se présentait par la forme de malaises post efforts. Et, peu à peu, tout est rentré dans l’ordre.
-C’était donc réglé ?
Oui, cela semblait réglé. Mais la vie m’a fait revivre cette aventure. Pendant les fêtes de fin d’année 2020-2021, mon père et ma belle-mère ont attrapé la Covid, qui fut aussi violent pour eux. Ils ont été hospitalisés en réa. À ce moment-là, j’ai stoppé mon travail pour rester auprès d’eux. Ma belle-mère (65 ans) est décédée après trois semaines de coma. Mon père est sorti de l’hôpital avec une fibrose pulmonaire. Moi, cinq jours plus tard, j’ai éprouvé les mêmes symptômes que lors de ma première infection Covid en 2020. Le 7 janvier 2021, j’ai donc revécu un choc cytokinique, avec une saturation à quatre-vingt-huit. Je me suis effondré au bord d’une route en attendant les secours. Je respirais mal. J’étais en hypothermie. J’ai fait une crise de tétanie. Les pompiers arrivèrent une heure trente après mon appel, sans aucun équipement, leur camion était vide, même pas un thermomètre, ils m’ont ramené chez moi. J’étais si mal que mon épouse m’a conduit à l’hôpital. Or, en dehors d’un angio-scanner positif, les tests PCR, eux, étaient négatifs. Après une nuit sous oxygène, je sors de l’hôpital. Mais ma saturation reste aux alentours de quatre-vingt-onze, des maux de tête transperçant le crâne avec difficulté d’élocution et de focalisation importante, des troubles moteurs et perte des mouvements fins, des troubles de la vision sévères. Les urgentistes m’ont conseillé de dormir assis pour ne pas chuter en dessous de quatre-vingt-dix de saturation, donc j’ai dormi plus d’un mois assis. En deux mois, je suis allé 15 fois aux urgences.
Je n’arrivais plus à me nourrir, j’étais déshydraté, trois semaines sans aucun repas. À l’hôpital, on me dit que du Xanax réglera l’affaire…
-La galère. Est-ce enfin terminé ?
Pas encore. En avril 2022, je fais un troisième Covid. Après avoir été infecté par le virus de Wuhan, en avril 2020, puis par le variant Delta en janvier 2021, voilà que j’attrape le variant Omicron en avril 2022. Cette fois-ci, je suis mis sous oxygène à domicile durant quinze jours. J’ai voulu comprendre ces phénomènes. Je me suis lancé dans la lecture d’études scientifiques, j’ai rencontré de nombreux médecins et scientifiques spécialistes de ces questions, j’ai interrogé aussi de nombreux patients Covid long. Et il en résulte un fait : tout autour du globe les révélations sur le fonctionnement du SARS-CoV-2 commencent à surgir, il manque juste des individus qui mettent en relation le travail formidable des uns et des autres.
-C’est-à-dire ? Qu’avez-vous découvert ?
Je pense que l’affection dite « Covid Long » est due à trois causes connues. Ces causes sont soit isolées, soit imbriquées les unes dans les autres,
1- L’hypothèse du portage viral. Le SARS-CoV-2 se cache dans le corps humain. Il a été trouvé dans les intestins et les glandes mammaires. C’est très documenté. Mais c’est aussi tout à fait probable que celui-ci se cache dans les ganglions nerveux comme le fait le virus de la Varicelle lorsqu’il évolue en Zona, ou encore dans les adipocytes comme le fait le virus du VIH.
2- La rétrotranscription. C’est la capacité, des virus à ARN, à intégrer le génome humain, pour faire simple, l’ARN viral devient de l’ADN humain. Une étude a mis à jour cette rétrotranscription du SRAS-CoV-2 au niveau hépatique.
3- La suractivation du SRA (le système rénine-angiotensine, un système hormonal) qui se dépolarise et engendre tout un tas de dysfonctionnements métaboliques très sévères, ça peut aller d’un simple malaise post effort à un SAMA (syndrome d’activation mastocytaire). Tout cela dû à la connexion entre la protéine de pointe Spike et les récepteurs ACE2. Jean Marc Sabatier, pour qui j’ai beaucoup de respect, a longuement développé le sujet.
-Plus concrètement, que se passe-t-il dans notre organisme ?
S’il y a persistance virale ou rétrotranscription « active », la protéine Spike reste toujours présente chez l’individu. Tant que celle-ci est véhiculée par le système sanguin, elle ne cessera de se connecter aux récepteurs ACE2 et suractivera sans cesse le SRA.
De plus, ce phénomène explique pourquoi la première affection Covid est une affection de l’endothélium, surface interne des vaisseaux sanguins, qui est parsemé de récepteurs ACE2. Celui-ci rentre en état d’inflammation, se gorge de micro-caillots sanguins. Il en résulte des problèmes vasculaires important que l’on connait chez les personnes lors d’une infection ou d’un Covid Long.
-D’autres découvertes plus personnelles ?
En effet, une quatrième cause, dont personne ne parle, est responsable de ce désastre.
L’impact de l’infection sur notre microbiote. Un labo américain a révélé que dans le microbiote digestif, entre 70 et 90% des champignons et levures ont été détruits par le SARS-CoV-2. En 2020, deux études, l’une Chinoise, l’autre Italienne allant dans le même sens, ont été supprimées. Or, elles révélaient que le virus SARS-CoV-2 s’attaquait à une famille de bactéries : appelées Prevotella. Celles-ci, pour se défendre, dégagent des toxines en très grande quantité. Ce phénomène est le point de départ des chocs cytokinique au 7ᵉ et 12ᵉ jour de l’infection, le corps submergé, engendre une réponse immunitaire, disproportionnée.
Il s’avère que certaines familles de microbes qui composent notre biodiversité, possèdent des récepteurs ACE2 like. De ce fait, la protéine Spike peut s’y connecter aussi facilement que sur le corps humain.
Les analyses des microbiotes des patients Covid Long permettent de dresser un constat, c’est une hécatombe microbienne, les familles de microbes qui sont vitales au fonctionnement de notre métabolisme sont soit drastiquement appauvries, soit décimées.
Ainsi, la disparition intense de familles de bactéries entraîne des maladies auto-immunes et la myriade de symptômes que l’on voit s’exprimer chez les Covid Longs.
De plus, la nature n’aime pas le vide, s’il y a décimation des bonnes bactéries, il y a augmentation des bactéries pathogènes, d’où les infections à Helicobacter ou les candidoses qui s’expriment chez les Covid Longs
-Quels sont vos souhaits aujourd’hui ?
Que les labos se penchent sérieusement sur ces questions. Sur l’analyse des causes de l’infection et l’emballement sur SRA, le portage viral, la rétrotranscription et la dysbiose (microbiote).
La science ferait un grand bond en avant, les causes sont toujours de plus grande considération que les symptômes.